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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/52

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détails jaunes du lumignon réalisent comme un conflit apaisé. Du reste tout tableau n’est-il pas une sorte de combat ? Les tubes se présentent avec leur violence et leur diversité de couleurs comme chargés de mitraille dangereuse. Si le peintre n’en calcule point la force, s’il les laisse détonner, sans discipliner leur vacarme, s’il ne les contient d’un côté pour leur mieux donner carrière de l’autre, la bataille qu’il livre sera irrémédiablement perdue. Il faut qu’il prévoie ce que les orangés voisinant avec les bleus, ou les verts avec les rouges, ou les jaunes avec les violets, donneront d’éclat. Il faut qu’il juge comment les teintes transitoires atténueront tel ou tel choc de couleurs trop hardies. Il faut qu’il sache ce qu’un ton franc posé à tel endroit apporte de désordre ou de vie dans l’ensemble. Il existe une façon lâche de peindre, grâce au blaireautage, qui escamote les difficultés et affadit l’art. Ce procédé veule et funeste, Ensor ne le connaîtra jamais.

L’éclat de la lanterne que le lampiste tient en ses mains rayonne franchement mais sans brutalité ; les noirs sur lesquels l’objet lumineux se détache le soutiennent par leur vigueur sombre ; il n’y a aucun heurt, il n’y a que de l’audace heureuse.

La Coloriste est d’un jeu de couleurs plus abondant que le Lampiste. Une femme en blanc est assise dans un atelier éclairé par une fenêtre. Des étoffes, des vases et des écrans l’entourent. Cette toile fut montrée à la Chrysalide en 1881. Ce Cercle déjà ancien et dont le lieu d’exposition s’ouvrait salle Janssens (rue du Gentilhomme, alors rue du Petit Écuyer), avait à sa tête des maîtres : Louis Dubois, Artan, Vogels, Rops,