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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/46

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Paris, toutes ces villes eurent des Libres Esthétiques dont elles changeaient simplement le nom.

Ensor est le premier de tous nos peintres qui fit de la peinture vraiment claire. Il substitua l’étude de la forme épandue de la lumière à celle de la forme emprisonnée des objets. Cette dernière est violentée par lui, hardiment. Tout est sacrifié au ton solaire, surtout le dessin photographique et banal. À ceux qui, devant ses œuvres, vaticinent : « ce n’est pas dessiné », Ensor peut répondre : « c’est mieux que ça » .

Son influence fut notable sur ses amis. À part Fernand Khnopff — et encore dans sa toile En écoutant du Schumann a-t-il peint le tapis en se souvenant de l’Après-midi à Ostende — tous subirent plus ou moins la fascination de son art. Ceux qui s’en garaient le plus, Van Rysselberghe, Schlobach, de Regoyos, Charlet parlaient de lui avec une admiration aiguë. Ils sentaient sa force ; ils ne tarissaient point sur les dons qu’il manifestait, et hautement le proclamaient le plus beau peintre du groupe entier.

Mais d’autres, tels que Finch et Toorop, se montrèrent attentifs, non pas à son enseignement — James Ensor n’en donna jamais — mais à sa façon nouvelle de traiter et de vivifier les couleurs. Il fut leur maître sans qu’il le voulût et peut-être sans qu’ils le sussent. Ils étaient compagnons, se rencontraient sans cesse, se montraient l’un à l’autre le travail du jour, causaient de l’œuvre en train, discutaient, s’exaltaient. Finch, flegmatique et silencieux, observait, certes, plus qu’il ne parlait, mais ses yeux prenaient part mieux que ne l’eût