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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/45

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C’était le ton. On le prenait, sans le savoir. L’atmosphère de bataille est grisante. On la trouve trop chaude quand on en est sorti. Quand on la respirait, elle était vraiment et bellement violente, exaltante et fiévreuse.

L’histoire des XX devrait, un jour, se faire, année par année. On y insisterait sur les successives et graduées victoires des peintres du plein-air en Belgique. On y pourrait mettre également en relief la manière nouvelle dont les œuvres y furent présentées. Pour la première fois on y juxtaposait toutes les pages d’un même peintre. Et toutes s’étalaient à la rampe. Des tentures de fond harmonieuses étaient choisies. Des chiffres d’or décoraient discrètement les murs.

Peu à peu les conférences s’inauguraient et bientôt les auditions musicales. Le directeur des XX, Octave Maus, s’y employait avec zèle et goût. Les XX qui plus tard abandonnèrent leur titre au profit de celui de Libre Esthétique devinrent ainsi un milieu de lutte précieux. Le mois de février ou de mars qu’ils choisissaient, annuellement, pour se grouper, combattre et triompher fut un mois de joie violente et âpre. Bruxelles interrompait ou plutôt clôturait par une fête intellectuelle l’ennui et la somnolence du morne hiver. L’art mettait avant, le printemps, une ardeur de renouveau dans les têtes. Et bientôt dans toutes les capitales de l’Europe des salons, organisés d’après celui qui s’ouvrait, chaque année, chez nous, multiplièrent les batailles et les triomphes des peintres et des sculpteurs hardis et révolutionnaires. Munich, Vienne, Berlin, La Haye,