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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/41

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terre ; toute réticence devenait trahison, toute justice rendue aux adversaires raison de blâme et de défiance. La tolérance est une force de l’âge mûr. Elle est une tare et une faiblesse quand on se trouve à la tête de ses vingt ans.

Oh l’orage des discussions autour des noms de Khnopff, de Schlobach, de Van Rysselberghe, de Dario de Regoyos, de Wytsman, de Finch, de Toorop et d’Ensor ! La belle mêlée de colères et sarcasmes ! Les lourdes attaques et les folles défenses ! Les fiers éclairs dont on foudroyait les esthétiques vieillies et les règles désuètes. On s’exposait avec joie, on dardait son audace partout et l’on se reprochait sans cesse de n’avoir pas été assez violemment téméraire. Vraiment la vie passionnée était belle, en ce temps-là !

Les peintres novateurs s’étaient d’abord cantonnés à l’Essor, société d’art où se mêlaient des talents avancés et rétrogrades. Une scission eut lieu. Elle était fatale. Les plus hardis s’en allèrent, laissant végéter le cercle où s’éteignaient, une à une, toutes les flammes des forces et des ardeurs.

Les XX furent crées. L’idée en est due, m’assure-t-on, à Charles Van der Stappen qui s’en ouvrit à Octave Maus et à Edmond Picard. Cela se passait, au temps des vacances, à Famelette, près de Huy, où chaque année Edmond Picard accueillait les artistes comme des hôtes de choix. « Peintres et sculpteurs se réuniraient au nombre de vingt, organiseraient une exposition annuelle et inviteraient vingt autres artistes déjà consacrés. Ceux-ci seraient choisis parmi les maîtres dont l’art était fier, libre et encore combatif » .