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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/38

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Il en eut d’admirables.

Malgré les oppositions soit franches, soit sournoises, malgré les mille cris des feuilletonistes inquiétés dans leurs goûts et leurs habitudes, malgré la compacte et massive inertie et la bêtise au front non pas de taureau mais de bœuf, les nouveaux écrivains s’affirmèrent, d’année en année, plus clairs, plus hauts, plus purs. Si bien qu’aujourd’hui ils sont tout et leurs détracteurs d’antan, rien. L’opinion a été retournée comme un vêtement dont on secoue les poussières, dont on vide les poches des vieux préjugés qu’elles recélaient, dont on brosse le drap depuis le col jusques aux pans et qu’on désinfecte enfin en tous ses plis. Aujourd’hui les générations littéraires se succèdent les unes aux autres, comme les générations des peintres ; l’art d’écrire est acclimaté parmi nous ; la presse est passée aux mains des écrivains, la foule se fait attentive et le pouvoir récompense et s’émeut. C’est une victoire qu’on ne conteste plus.

Or, ces prosateurs et ces poètes de la vie dans la phrase se virent attaqués en même temps que les peintres de la vie dans la lumière. Leurs ennemis se liguaient entre eux ; ils se liguèrent entre eux contre leurs ennemis. Cela se fit avec entrain et naturel parce que la nécessité souveraine nouait elle-même les liens d’entente. Le consentement fut tacite et rapide.

Jamais les polémiques d’art ne furent aussi vives, aussi ardentes, aussi impitoyables. On frappait avec des poings sauvages ; on n’avait égard ni à la vieillesse ni aux situations prises ; on était fier d’être partial et féroce. La norme était franchie joyeusement, ventre à