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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/36

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les, les coups portés avec enthousiasme et reçus avec courage. L’ivresse suprême réside dans la conscience qu’on a d’être une belle force humaine. Et rien ne l’exalte autant que la violence et l’injustice. L’émeute autour d’une toile nouvelle est un sacre à rebours. L’artiste y doit puiser non l’abattement mais le lyrisme. Sa vraie vie commence, dès cet instant. Et l’œuvre doit succéder à l’œuvre, sans compromission, sans réticence, audacieusement, toujours, jusqu’à l’heure où cessera le rire et se taira la huée. Et qu’importe si la colère montante ne se retire que devant le tombeau. Les triomphes posthumes sont les plus sûrs.

Je doute que James Ensor ait admis ces vérités aux temps de sa jeunesse, mais je sais qu’il a toujours agi comme si leur lumière vivait en son esprit.