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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/35

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toute originalité naissante. C’est parce qu’il fut bafoué, nié, villipendé jadis que sa victoire aujourd’hui nous apparaît si consolante et si belle. La gloire ne se livre pas ; elle se prend d’assaut. Elle se retranche derrière une muraille d’hostilités et de sarcasmes.

Tout artiste vrai est un héros ingénu. Il faut qu’il souffre pour qu’un jour il ait la joie d’imposer à tous sa victorieuse personnalité totale. En ce temps-ci ou chacun est tout le monde, le poëte, le peintre, le sculpteur, le musicien ne vaut que s’il est authentiquement lui-même. C’est le plus réel des privilèges que la nature, sans aucune intervention autre que celle de sa puissance, confère et maintient à travers les siècles et seul le poëte, le peintre, le sculpteur, le musicien en peut jouir pleinement.

Oh ces débutants choyés dès qu’ils apparaissent et par la critique et par le public ! Aucune de leurs toiles ne survit après vingt ou trente ans. Ils n’ont jamais passionné personne. Ils n’ont connu ni la révolte de leurs maîtres, ni la jalousie de leurs amis, ni la haine de la foule. Ils ont été banalement heureux en attendant qu’ils soient banalement quelconques. Les Salons triennaux out accueilli leurs essais à la rampe mais les Musées rejetteront bientôt leurs œuvres dans les coins. Ces peintres-là sont morts depuis longtemps quand sonne leur agonie. Et leur nom de plus en plus pâle, de plus en plus éteint, de plus en plus oublié ne trouve plus refuge qu’aux pages jaunies d’un catalogue ou il finit par se confondre avec un pauvre et morne numéro.

Il importe donc d’aimer et les attaques et les batail-