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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/29

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parmi ces dépouilles luisantes ou vitreuses de la mer. Lui même s’intéresse parfois au trafic qu’en font et sa mère et sa tante, marchandes tenaces et expérimentées. Souvent le soir, la causerie rassemble autour des comptoirs la famille entière. La sœur du peintre et sa nièce qu’il affectionne vivement sont là. Et l’on parle d’Ostende, non pas de l’Ostende ruée aux fêtes et aux plaisirs de l’été, mais de l’Ostende automnale qui se plaît dans la déréliction et le silence. Ensor adore celle-ci avec ses rues étroites, ses places humbles et désertes, ses petites boutiques vieillottes au fond des quartiers populaires et ses propres et luisants estaminets où l’odeur de la bière se mêle à des relents de poisson sec et de crevettes humides. C’est là qu’il dessina maint pêcheur à vareuse bleue, à boucles d’oreilles étroites, à pantoufles multicolores. C’est là qu’il rencontra et qu’il interpréta en des croquis larges et vivants, les vieilles femmes à mantelets, avec de lourds et noirs capuchons de drap recouvrant leur intact et fragile bonnet blanc.

La vie du port est la seule vie d’Ostende, l’hiver. Elle ne pénètre point la ville ; elle n’anime que ses confins. C’est une vie en bordure. Oh les câbles et les amarres au long des quais, les voiles rousses et brunes dans le brouillard gris, les proues sculptées des vieux navires s’apercevant du fond d’une ruelle et les mouettes blanches, entrant dans les bassins et volant, dirait-on, à travers les entrecroisements dédaliens des haubans et des vergues ! Et les petites boutiques, en plein vent, à l’angle des ponts et les plies et les limandes qui sèchent dans le courant d’air des fenêtres et la mar-