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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/26

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lumière ployées et gondolées et c’est avec peine qu’on leur trouve une zône de clarté propice afin qu’elles s’y étalent sans trop se nuire entre elles. Aucun commentaire n’accompagne leur présentation. Seul un rire menu, quand le sujet étonne et froisse quelque goût trop puritain. Et les œuvres succèdent aux œuvres et quand tout est montré, toujours, soit au fond d’un coffre, soit au fond pièce voisine se découvre une merveille oubliée dont la crasse voile la fraîcheur et la beauté. Un coup d’éponge donné à la hâte réveille la splendeur endormie.

On dégringole l’écalier raide et tournant et l’on quitterait, la poignée de main échangée, la maison du peintre, sans plus, si le magasin du rez-de-chaussée, avec ses larges vitrines encombrées de bibelots ne retenait, un instant encore, l’attention. C’est que là, parmi les coquillages et les nacres, les vases de la Chine et les laques du Japon, les plumes versicolores et les écrans barriolés, l’imagination visuelle du peintre se complait à composer ses plus rares et ses plus amples symphonies de couleurs. Oh les notes à la fois tendres et fortes, à la fois subtiles et brutales, à la fois sobres et éclatantes qu’il sût faire vibrer en prenant comme prétexte quelque pauvre bibelot d’orient que la mode banalisa ! Et la coquille ourlée dont le bourgeois morose ornera sa cheminée en marbre peint deviendra grâce à la magie, grâce à l’hermétisme de l’artiste, ce miracle de couleur triomphante dont s’éblouiront les salles les plus belles des musées modernes.


Ensor se plaît parmi ces mille riens exotiques