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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/21

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marché. Le carillon n’est pas loin : on l’entend tricoter sa musique menue, le soir, ou bien, aux midis de réjouissances, ruer de toutes ses notes et s’emporter vers quelque hymne national.

La foule et ses remous passe donc à toute heure du jour devant les fenêtres du peintre : foule élégante ou hautaine, foule grotesque ou brutale, cortèges de la mi-carême, processions de la fête-Dieu, fanfares retentissantes des villages, sociétés chorales des villes voisines, cris, tumultes, vacarmes.

Et ces flux et ces reflux de gestes et de pas aboutissent tous là bas, à cette féerie de verre et d’émail qu’est le Kursaal d’Ostende.

Avec ses dômes et ses pignons et ses rosaces et ses lanternes, avec ses ors élancés et ses bronzes trapus, avec ses festons de gaz et ses couronnes de feux, il apparaît, toutes portes et fenêtres ouvertes, comme un tabernacle de plaisirs éclatants et sonores. Un orchestre savant y fait naitre, chaque jour, des floraisons de musique ; des voix illustres s’y font entendre — orateurs ou conférenciers — et des virtuoses dont le nom émeut les mille échos y jettent vers l’applaudissement en tonnerre des foules, les phrases les plus belles des maîtres célèbres. Toutes les langues s’y parlent. Joueurs, financiers, gens de course, gens de bourse, princes et princesses, dames du monde et courtisanes, tout s’y coudoie ou s’y toise ; s’y méprise ou s’y confond.

Le soir, quand les verrières du monument flamboient face à face avec la nuit et l’océan, on peut croire que le bal y tournoie en un décor d’incendie. Du fond de la mer s’aperçoivent les hautes coupoles illuminées