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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/142

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ceur, une tendresse est répandue. Des rayons partent du milieu de la page, baignant le front de la femme et se projetant jusqu’au bord du cadre. Mais voici la contradiction qui se lève : vieilles filles au nez féroce, bigotes tirant la langue, hommes graves et bilieux, crétins faisant des pieds-de-nez et ci et là des squelettes voltigeant comme pour annoncer la maladie et le trépas et affirmer combien toujours la mort est suspendue sur la vie.

[Illustration : Croquis.]

L’Orgueil (1904). Solennel, ponctuel, grave, rogue, ridicule, avec de tombantes bajoues, avec un front étroit, carré, abrupt, avec une tête trop volumineuse pour son corps étriqué, quelque vague notaire ou commerçant ou bourgmestre de province se présente à la foule des quémandeurs, des humiliés et des pauvres qui lui baisent les mains. Un squelette lui pose une couronne sur la tête. Un coq, les plumes hérissées, crie vers lui comme s’il claironnait de fureur. Un âne regarde. Quelque morne sacristain lit un discours ; quelque minable vieille tend un bouquet. La mort, armée de sa faux, promène ses doigts d’os dans la perruque d’une femme acariâtre — peut-être la compagne du notaire, du commerçant ou du bourgmestre — et lui cherche sa vermine. La scène est d’une observation cruelle et folâtre. Tout est piteux, morose, grotesque dans ce triomphe. La petite ville y est raillée et bafouée. Ensor se venge.

La page la moins réussie nous représente la Colère (1904). Au fond d’un lieu quelconque — appartement d’ouvrier ou grenier bourgeois — homme et femme, avec des couteaux et des crochets, luttent et se blessent. Leur chat, le poil dressé, assiste à la bataille. Des êtres