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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/138

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vaste ou féerique lumière — propagent un mouvement fou tout au long de leurs lignes. L’énorme Sorcier de la bourrasque fait songer à quelque Caliban céleste. Il est grotesque et puissant à la fois. L’ange exterminateur a beau nous apparaître comme une sorte de croquemitaine et les foules qui le voient passer s’accroupir en des poses affolées, l’apparition est magnifique et inoubliable de splendeur. Le trait menu et comme tremblant, le trait minuscule et rompu doue le cheval et son cavalier galopant dans les nues, comme d’une vitesse frémissante.

Les sept péchés capitaux, que précéda dès 1888 : Peste dessus, peste dessous, peste partout, nous offrent comme une œuvre cyclique où le grotesque le dispute à la férocité. Une eau-forte liminaire en prépare l’impression étrange. Elle figure une Mort ailée — dites quelles ailes misérables et déplumées le squelette entr’ouvre ! — abritant sous elle des personnages divers dont chacun semble être une indication rapide des sept vices à fustiger.

La Luxure (1888) occupe le centre de l’œuvre. Un jeune homme dont le corps est à demi dissimulé, semble ramper, sur un lit, vers une femme énorme qui détourne la tête et n’étale qu’une chair ballonnée impudique et monstrueuse. Le temps, sinistre et glabre vieillard, le temps aux mains et aux ailes crochues menace d’une faux énorme le couple lubrique, tandis que voltige dans l’air une manière de gnome cornu et que dans un cadre, près d’un rideau, de vagues nudités apparaissent. Dessin rapide, traits menus, facture fine et délicate. Page de blondeur et de jeunesse où seule la faux levée