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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/130

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V.

LES EAUX-FORTES

C’est dans son travail d’aquafortiste plus encore que dans son œuvre de peintre que l’imagination d’Ensor s’est débridée. Bien des cuivres reproduisent certains de ses tableaux et tel de ses dessins est traduit en gravure. Toutefois, quand le burin à la main il conçoit quelque composition encore inédite, le vent de la fantasmagorie plus que jamais violent lui souffle sur le cerveau. Je craindrais de rééditer certaines analyses déjà faites si je présentais, ici, toutes les diableries et mascarades traitées à la pointe. Je ne veux appuyer que sur leur excessive audace, sur leur extrême cocasserie, sur leur insurpassable outrance. L’impudeur, l’indécence, la scatologie même apparaissent. Mais — disons le en y insistant — rien n’est malsain, trouble, louche, ambigu ; tout au contraire est franc, sincère, féroce, brutal. Il n’y a pas de sous-entendu. Il y a étalage. On sait immédiatement qu’il faut ou fermer ses yeux si l’on craint pour ses prunelles innocentes, ou se boucher le nez si l’on possède des muqueuses trop délicates. Le haut-le-cœur est soudain ou ne se produit pas. Ceux qui l’évitent se complairont à suivre alors, en tous leurs