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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/121

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que des sortes de tremplins sur lesquels sa verve et sa raillerie bondissent. Les batailles surtout le requièrent. Grâce aux coups donnés, aux plaies reçues, grâce aux déhanchements du corps qui frappe et aux chutes des corps qui succombent, grâce aux contorsions qu’il suppose et aux pirouettes qu’il imagine, un combat se présente à lui avec délices. L’horreur réelle en est supprimée au profit de la truculence et du pittoresque. Ou bien encore c’est dans quelque décor moyen-âgeux, sur une place meublée de maisons hautes et pointues, quelque drame violent : Sorcière qu’on brûle, Patrons de cathédrale, Vierges aux navires, Soudards entrant en des cités étranges. Ou bien encore, dans un site d’hiver quelque folâtre et compliquée scène de Patinage ou bien enfin quelque Parade dans une arène de cirque. Celle-ci amuse immédiatement par la gymnastique baroque des clowns et les sauts invraisemblables des paillasses. On croirait assister à quelque liesse d’escargots, à quelque fête de chenilles. Des êtres contournés, girouettants, tire-bouchonnés permettent au dessinateur de réaliser, par des volutes charmantes et placées chacune à quelque endroit précis et heureux de la page blanche, une ornementation inédite qui charme l’œil immédiatement, sans examen, et divertit l’esprit sitôt qu’il s’attarde.

Toutefois le motif le plus célèbre est traité dans la Bataille des Éperons d’or. Les communiers flamands sont rangés à droite, coiffés de casques inusités, armés de massues buissonneuses et présentant des « goedendags » pareils à des reptiles. Courtrai avec ses tours, ses remparts et ses moulins, se devine, là-bas. Ils la dé-