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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/118

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ma mère, appartenant à M. Goldschmidt, et dans les Squelettes musiciens. Devant une armoire où s’étale un crâne sans mâchoire, apparaît un squelette introduisant le bec d’une clarinette dans sa bouche sans dents. Un manche de violoncelle s’élève non loin de lui. Ces deux crânes sont étudiés avec un art parfait. Chaque relief, chaque méplat, chaque partie osseuse avec ses stries et ses méandres est rendu comme un artiste gothique se serait plu à les traduire. Faire attentif, serré, scrupuleux. Impossible de pousser plus loin l’attention minutieuse, ni la probité appliquée. Et quelle aisance, quelle apparente facilité, quelle ductilité et quelle flexibilité prestigieuse des doigts. Et combien tout est sûr et savant !

La ligne même, la ligne pour elle-même, la ligne simple et jolie, la ligne belle et enveloppante séduisit à son tour la main chercheuse de James Ensor. Et voici la Vénus à la coquille dont le corps souple, limité par un trait gracieux et flexible, surgit, avec, entre ses doigts, une pomme. Les jambes, le torse, le ventre et les bras sont suffisamment modelés pour qu’ils donnent la sensation d’exister vraiment et n’être pas uniquement des blancs sur un papier. Mais c’est l’arabesque sinueuse séparant la Déesse de l’ambiance qu’on admire surtout et qui étonne par sa souplesse. On songe à quelque fleur délicate et haute.

Les sujets ornementaux, avec leur fantaisie violente et leur parodie épique ont tenté à maintes reprises le crayon d’Ensor. L’histoire, la légende, les coutumes lui fournissent leurs thèmes. Il les transforme selon son humeur, son caractère, sa nature. Ils ne sont pour lui