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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/108

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cou reproduits. Tout cela est preste, vivant, soudain. Sur une seule page, cinquante petits bonshommes se meuvent, s’agitent, passent, viennent, s’arrêtent, s’assoient, s’affalent et le crayon Conté note, détail par détail, leurs particularités et leurs manières d’être et compose comme une faune amusante des passants de la rue moderne. Je connais tels croquis où James Ensor, profitant des menus défauts du grain ou de la trame d’un papier, a composé une Chute des anges rebelles en tenant compte de ces accidents de matière. Des mouvements inattendus se devinent, des grappes de muscles et de chairs pendent et se contractent, une cataracte de dos, de ventres et de têtes se précipite, une impression de ruée est merveilleusement rendue et tout cela n’est que du hasard souligné par un crayon, dites combien habile et preste ?

Le jour où le peintre s’intéressa à l’existence des marins et des gens du port — plus tard ils lui fourniront et ses pouilleux et ses masques — ce fut par des études au fusain qu’il manifesta son enthousiasme. Il possède toute une suite de dessins supérieurement conduits où s’offrent en leurs attitudes quotidiennes les vieilles à mantelets, les mousses en vareuses, les vieux pêcheurs échoués comme leurs barques au long des quais et les gars solides et râblés qui demain s’en iront vers la mer. Puis se caractérisent encore les ouvriers, les petits musiciens, les poissardes mélancoliques, les mangeurs de soupe, toute une population de déjetés et de miséreux. Toutes ces pages témoignent d’une sagesse et d’une sûreté indéniables. Dès que le peintre le veut, il réalise aussi bien que quiconque la correction du dessin et la