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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/101

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les vêtements lâches et veules, mais gardant encore on ne sait quelle fierté vague. Le plus grand de tous porte un chapeau militaire dont la frange se détache lugubrement. En cette toile, presque tous les tons sont forts, puissants, hardis. Ils réalisent comme une gamme descendante et ne deviennent fins et subtils qu’autour d’un Pierrot boursouflé qui dissimule, en des blancheurs roses, sa carcasse falote. Oh la piteuse mascarade et comme la détresse d’une gloire abolie et d’une gaieté défunte s’y marque ! Fini l’orgueil, le triomphe, la gloire. Toute fanfare s’est tue. On rit et l’on est triste. Acteurs flétris d’un drame chimérique, les fantoches sont là n’ayant plus même un bout de bâton pour simuler un vague : portez-armes.

Maintenant voici les Masques devant la mort (1888) et les Squelettes voulant se chauffer (1889) et le Squelette dessinant (1889) et les Squelettes se disputant un pendu et les Masques regardant une tortue (1894) et un Duel de masques. Le drame morne ou féroce commence à se préciser. Dans les Masques voulant se chauffer une impression de néant s’affirme. Rien de plus pauvre, de plus navrant, de plus lugubre que cette idée de chaleur et de bien-être évoquée devant ces êtres flasques et vides. Ils s’approchent, se pressent, s’inquiètent autour de ce feu inutile, de cette flamme sans vertu, de ce foyer qui les raille et qui n’est pas. Les Masques regardant une tortue angoissent tout autant. L’écaille qui couvre l’animal contemplé est, elle aussi, une sorte de masque dissimulant le mouvement et la vie. Ce rapprochement baroque suffit à faire comprendre pourquoi les étranges spectateurs semblent comme s’étudier eux-mêmes en