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La madone des soirs et des tempêtes
commande au vol et aux courroux
— rostres ouverts — des corbeaux fous.

Les blés dorment au fond des granges,
et leurs barbes comme des franges
remuent au long des poutres plates :
la poussière d’entre les lattes
descend sur l’aire et la recouvre ;
en un grand nid de foin vermeil
le chat s’étire et ses griffes s’entr’ouvrent
nonchalamment à travers le sommeil.

La madone des soirs d’automne
éclaire avec de grands flambeaux
le vol au loin de ses corbeaux.

Sur les routes, vers l’horizon,
par leur fenêtre, les chaumières
ouvrent les yeux en pleurs de leurs lumières ;
le vieux village, avec l’église au bout,
monte jusqu’au vieux Christ, debout,