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Et sur la plaine infiniment d’automne
prennent l’essor les lourds corbeaux de la madone.

La madone des bois d’automne,
avec ses crins feuillus et roux
et ses manteaux bordés de houx,
la madone des soirs et des tempêtes
règle la chute et le courroux
— rostres ouverts — des corbeaux fous.

Comme des paons de braise ouvrant leurs queues
les feux, là-bas, brûlent au fond des âtres
et dessinent aux murs de plâtre
des attitudes en ombres bleues,
quelques fermiers, les pieds croisés dessous leur banc,
fument et se taisent paisiblement,
leur face en or tournée aux flammes ;
et seul s’entend le va-et-vient des femmes,
en sabots lourds, autour des tables,
et le pesant et lent mâchonnement
des bœufs couchés dans les étables.