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La caisse du journal me paie mon bain — avec deux œufs sur le plat ou une petite saucisse — pour que je déjeune dans l’eau et aie le temps de causer avec le garçon.

Je mange ma petite saucisse ou je mouille mon œuf, et je dis d’un air négligé, quand j’ai noyé le jaune qui est resté dans ma barbe :

« La Nymphe, maintenant ! »

Et si la Nymphe n’y est pas — elle y est rarement — je fais sauter l’eau avec mes bras et je sors brusquement, tout nu, de la baignoire — on me l’a bien recommandé !

Je fais ce que je peux. Je passe ma vie à me déshabiller et à me rhabiller.

Je détermine deux abonnements… mais ce n’est pas assez pour faire vivre le journal, et l’on trouve que je ne suis bon à rien, que je ne suis pas propre à ma mission. (Je suis bien propre, cependant ! Si je n’étais pas propre en me baignant si souvent, c’est que je serais un cas médical bien curieux !)

Je quitte le peignoir de demandeur de Nymphe, emportant avec moi pour un temps infini l’horreur de l’eau chaude, et criant souvent, au milieu des conversations les plus sérieuses : « Garçon, un peignoir ! » par habitude.


Je communique mes réflexions de baigneur en retraite à un vieux qui a accès dans les bureaux de quelques journaux par la porte des traductions.

Il me dit que c’est l’histoire de bien d’autres.