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prendre combien il fut ému et troublé de si inquiétantes nouvelles. Il quitte Milan, arrive à Paris, exige une autre distribution de rôles et l’obtient ; madame Pasta remplace mademoiselle Schiasetti ; madame Monbelli se chargera du rôle destiné à madame Pasta, et le ténor Donzelli prendra le rôle de Curioni ; mais M. Meyerbeer n’était point au bout de ses transes et de ses tourments ; on laissa le Crociato et M. Meyerbeer pester et se morfondre pendant onze mois dans des répétitions sans cesse interrompues et reprises ; le compositeur tint bon, et le Crociato obtint auprès des connaisseurs un grand et légitime succès, bien qu’il n’ait été exécuté qu’un petit nombre de fois.

Le théâtre de l’Odéon, en 1826, était un théâtre lyrique qui dut même une espèce de fortune à la partition de Robin des Bois ; le chœur des chasseirs était en France peu connu. Tout Paris écorcha pendant longtemps les mélodies à effet de ce chœur si original, et on put lire à cette époque, dans les Petites Affiches, l’annonce suivante : « On désire trouver un domestique qui ne chante pas le chœur de Robin des Bois. » Le théâtre de l’Odéon fit traduire l’opéra de M. Meyerbeer, Marguerite d’Anjou ; le libretto de Marguerite était imité d’un mélodrame de Guilbert Pixérécourt ; ce dernier eût pu mettre obstacle à la représentation de l’opéra ; sa collaboration fut sollicitée par le traducteur du libretto. Pixérécourt était alors directeur de l’Opéra-Comique, il se prit d’amitié pour M. Meyerbeer, avec qui Marguerite d’Anjou l’avait mis en relation, et il lui offrit d’écrire une partition pour le théâtre de l’Opéra-Comique.