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qu’il y avoit quelques mois qu’ils estoient venus de compagnie, que qant à elle, elle n’en avoit autre cognoissance. Alors Silvandre adjousta, qu’elle perdoit beaucoup de ne les cognoistre pas plus particulierement, car entr’autres il y en avoit un, nommé Hylas, de la plus agreable humeur qu’il se peut dire : D’autant qu’il aime, disoit-il, tout ce qu’il void, mais il a cela de bon, que qui luy fait le mal, luy donne le remede, parce que si son inconstance le fait aimer, son inconstance aussi le fait bien tost oublier, et il a de si extravagantes raisons pour prouver son humeur estre la meilleure qu’il est impossible de l’ouyr sans rire. – Vrayement, dit Leonide, sa compagnie doit estre agreable, et faut que nous le mettions en discours aussi tost qu’il sera icy. – Ce sera, respondit Silvandre, sans beaucoup de peine, car il veut tousjours parler. Mais s‘il est de ceste humeur, il y en un autre avec luy, qui en a bien une toute contraire, parce qu’il ne fait que regretter une bergere morte qu’il a aimée. Celuy-là est homme rassis, et monstre d’avoir du jugement, mais il est si triste, qu’il ne sort jamais propos de sa bouche, qui ne tienne de la melancolie de son ame. – Et qu’est-ce, repliqua Leonide, qui les arreste en ceste contrée ? – Sans mentir, dit-il, belle nymphe, je n’ay pas encore eu ceste curiosité ; mais si vous voulez, je le leur demanderay, car il me semble qu’ils viennent icy.

A ce mot, ils furent si pres, qu’ils ouyrent que Hylas venoit chantant tels vers :


Villanelle de Hylas


sur son inconstance.

La belle qui m’arrestera,
Beaucoup plus d’honneur en aura.

I

J’ayme à changer, c’est ma franchise,
Et mon humeur m’y va portant