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en rien les perfections d’une fille, ne luy en donnoient que trop de subjet.

Voyez combien Amour est folastre, et à quoy il passe son temps ! A Filidas qui est fille, il fait aimer une fille, et à Amidor un homme, et avec tant de passion, qu’estant en particulier, ce seul sujet estoit assez suffisant de nous entretenir. Dieu sçait si Filandre sçavoit faire la fille, et si Callirée contrefaisoit bien son frere, et s’ils avoient faute de prudence à conduire bien chacun son nouvel amant !

La froideur dont Callirée usoit envers moy estoit cause que Filidas n’en avoit point de soupçon, outre que son amour l’en empeschoit assez ; et faut que je confesse que la voyant si fort se retirer à Filidas, Daphnis et moy eusmes opinion que Filandre eust changé de volonté, dont je recevois un contentement extreme, pour l’amitié que je portois à sa sœur.

Sept ou huict jours s’escoulerent de ceste sorte, sans que personne en trouvast le temps trop long, parce que chacun avoit un dessein particulier. Mais Callirée qui avoit peur que son mary ne s’ennuyast de ce sejour, sollicitoit son frere de me faire sçavoir son dessein, disant qu’il n’y avoit pas apparence que la familiarité qui estoit des-ja entre luy et moy, me peut permettre de refuser son service ; mais luy qui m’alloit tastant de tous costez, n’eut jamais la hardiesse de se declarer : Et pour abuser Gerestan, il la pria d’aller vers son mary en l’habit où elle estoit, l’asseurant qu’il n’y cognoistroit rien, et de luy faire entendre que par l’advis de Daphnis, elle avoit laissé Callirée chez Filidas, afin de traiter avec plus de loisir le mariage d’Amidor et de sa niepce.

Au commencement sa sœur s’estonna, car son mary estoit assez fascheux. En fin voulant en tout contenter son frere, elle s’y resolut, et pour rendre cette excuse plus vray-semblable,