Page:Twain - Un pari de milliardaires, et autres nouvelles.djvu/86

Cette page a été validée par deux contributeurs.


blement ; je savais de plus qu’aux yeux de cette foule je passais pour un érudit. Il ne me fallut qu’un peu d’attention pour prendre et imiter les pauses et les attitudes de ces grands hommes, et je réussis sans peine à paraître aussi « professeur » que les professeurs qui m’entouraient.

Nous arrivâmes de bonne heure, de si bonne heure même que, seuls, les Professeurs Virchow et Helmholtz nous avaient devancés avec trois ou quatre cents étudiants. Mais les invités arrivèrent à flots et en un quart d’heure toutes les tables furent garnies, et la salle complètement bondée. On prétendit qu’il y avait là quatre mille personnes. La scène était certes très animée et donnait l’illusion d’une ruche immense. À chaque extrémité de chacune des tables siégeait un étudiant dans le costume de corporation. Ces costumes sont en soie et en velours ; la coiffure consiste en un chapeau à plume, ou un large béret écossais entouré d’une grande plume ; le plus souvent en un tout petit bonnet de soie posé sur le sommet de la tête, comme une soucoupe renversée. Quelquefois les culottes sont d’un blanc éblouissant, quelquefois elles sont d’autres couleurs ; mais, dans tous les cas, les bottes montent au-dessus du genou, et les gantelets blancs sont de rigueur ; en guise d’épée une rapière