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seul, histoire de s’entretenir la main en le faisant tenir sur son gros bout (son tour classique) ; de temps en temps, il jetait une amarre à un matelot eu train de se noyer sur le gaillard d’arrière ; le reste de son quart, il bâillait et s’étirait, en jurant qu’il ne recommencerait pas ce voyage, fût-ce pour découvrir six Amériques. Car tel était Colomb dans sa simplicité naturelle, quand il ne posait pas pour la galerie.

À neuf heures, il faisait le point et déclarait avec aplomb que son brave navire avait fait trois cents yards en vingt-quatre heures, que désormais il était certain de « gagner la poule ». — Tout un chacun peut gagner « la poule », quand personne d’autre que lui n’a le droit de toucher à la direction du bateau.

L’amiral déjeunait tout seul, en grande cérémonie : jambon, haricots et gin ; à neuf heures, il dînait seul, en grande cérémonie : jambon, haricots, gin ; à dix heures, il soupait seul, en grande cérémonie : jambon, haricots et gin ; à onze heures du soir, il prenait son en-cas de nuit seul et en grande cérémonie : jambon, haricots et gin. Pendant aucun de ces festins, il n’y avait de musique ; l’orchestre à bord est d’introduction moderne.

Après son dernier repas, l’amiral remerciait le