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ce que je voyais quand j’étais gamin ; par contre, ce que je voyais dans mon enfance n’était pas très différent de ce qui avait toujours existé dans ce monde. Je prends pour exemple les remèdes. Galien, en personne, aurait pu entrer dans ma chambre quand j’étais malade, à n’importe quel jour de mes sept premières années (il s’agit naturellement des jours où, le vent n’étant pas bon pour la pêche, il ne me restait qu’à choisir entre l’école ou mon lit), — il aurait pu s’asseoir à mon chevet et assister sans surprise à la consultation de mon médecin. En fourrant son nez dans la collection de tasses, de bouteilles, de fioles qui traînaient sur la table et sur les rayons, il aurait retrouvé toutes les drogues qui lui étaient chères il y a deux cents ans, sans en découvrir une seule qui fût plus récente. En m’examinant, il aurait constaté à sa grande stupeur qu’on m’avait déjà fait saliver ! Oui, ne lui en déplaise, je salivais abondamment ; le calomel est si bon marché ! — S’il lui avait pris fantaisie de tirer sa lancette, il aurait été encore bien attrapé ; le médecin de ma famille ne tolérait pas les embarras sanguins dans l’organisme. Il ne lui serait plus resté qu’à s’armer de pochons et de cuillers pour me faire ingurgiter quelques-unes de ces vieilles potions conservées depuis le père Adam