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ne doute de rien, on promet de donner raison de tout, & cependant on n’explique rien, que par des termes barbares & des idées confuses & obscures ; au lieu que Monsieur Descartes commence par vous faire oublier même ce que vous saviez auparavant, & ensuite vous mene comme pied-à-pied dans mille belles connoissances, qu’il vous fait découvrir, & qu’il vous rend si claires & si évidentes, que vous n’en pouvez plus douter. Voilà ce que disent les Partisans de Monsieur Descartes ; mais avant eux Aristote avoit dit que pour bien savoir une chose il falloit en avoir bien douté, & que c’étoit par le doute que toutes nos connoissances devoient commencer.

Académicien, enne, s. m. & f. Qui est reçu dans une Académie d’Arts, ou de Sciences. Academicus. On a ajoûté un féminin en faveur de Madame des Houlières. L’Académie d’Arles lui a envoyé des Lettres d’Académicienne. C’est la première de son sexe à qui l’on ait déféré cet honneur en France ; car en Italie la chose n’est ni nouvelle ni extraordinaire. Il y a des femmes dans l’Académie, ou Ragunanza d’Arcadie à Rome, & la Reine Christine en est comme la Fondatrice. Voyez l’Histoire de cette Académie publiée depuis quelques années en Italie par Mr Crescembeni, qui en étoit pour lors le Custode, ou Président. Voyez aussi l’Histoire des Femmes savantes dans Mr Ménage & autres Auteurs.

ACADÉMIE, s. f. Lieu délicieux, ou maison de plaisance, située dans un Fauxbourg d’Athènes à un mille de la Ville. Ceux qui ont fait venir ce nom de Cadmus, parce qu’il sut le premier Instaurateur des Lettres chez les Grecs, se sont trompés. D’autres disent que ce mot est composé de deux mots Grecs, δείζ, qui signifie remède, & δέμοζ, qui veut dire Peuple, comme si les Académies étoient le remède du Peuple. Sa véritable origine vient d’Academus, ou Ecademus, nom propre d’un Bourgeois d’Athènes, dont la maison servit à enseigner la Philosophie. Il vivoit du temps de Thésée. C’est dans sa maison située dans le fauxbourg d’Athènes, que Platon enseigna la Philosophie. Cimon l’orna, & l’embellit de fontaines & d’allées d’arbres, pour la commodité des Philosophes qui s’y assembloient. On y enterroit les grands hommes qui avoient rendu de signalés services à la Patrie. Depuis Platon tous les lieux où se sont assemblés les gens de Lettres, ont été nommés Académie. Sylla sacrifia aux loix de la Guerre les délicieux bocages, & les belles allées que Cimon avoit fait dresser dans l’Académie d’Athènes, & employa ces arbres à faire des machines pour battre la Ville. Cicéron avoit une maison près de Pouzzol, à qui il donna le même nom : c’est là qu’il écrivit ses Questions Académiques & ses livres de Naturâ Deorum, de Amicitiâ, & de Officiis, dit Mr Harris.

Académie se prend aussi pour la Secte des Philosophes. On compte trois Académies, trois Sectes académiciennes. Quelques-uns en comptent même jusqu’à cinq. Platon fut le Chef de l’ancienne. Arcésilas, l’un de ses successeurs, apporta quelques changemens dans sa Philosophie, & fonda par cette réforme ce qu’on appelle la seconde Académie. On attribue à Lacides, ou à Carnéades, l’établissement de la troisième ou nouvelle Académie. Quelques Auteurs ajoûtent deux Académies. Une quatrième fondée par Philon & Carmides ; & une cinquième fondée par Antiochus, & nommée Antiochienne, qui allioit l’ancienne Académie avec le Stoïcisme. Voyez sur tout cela les Questions Académiques de Cicéron ; personne n’a mieux débrouillé les différens sentimens, ou plutôt les différentes méthodes de traiter la Philosophie, dont se servoient ceux qu’on appelloit de son temps les partisans de la nouvelle, & les partisans de l’ancienne Académie. L’ancienne Académie doutoit absolument de tout, & alloit même jusqu’à douter s’il falloit douter, se faisant une espèce de principe de ne jamais rien assurer, & de ne jamais rien nier, de ne tenir rien ni pour vrai, ni pour faux. La nouvelle Académie étoit un peu plus raisonnable, elle reconnoissoit plusieurs vérités, mais sans s’y attacher avec assurance. Ces Philosophes s’appercevoient bien que le commerce même de la vie & de la société est incompatible avec ce doute absolu & général de l’ancienne Académie ; mais cependant ils regardoient les choses comme probables, plutôt que comme vraies & certaines ; & par ce tempérament ils croyoient se tirer des absurdités dans lesquelles tomboit l’ancienne Académie. Voyez encore Vossius de Sect. Philos. c. 12. 13. 14. 15. & Georg. Hornius Hist. Philos. L. 3. C. 20.



ACADÉMIE, Académie, s. f. Assemblée des gens de Lettres, où l’on cultive les Sciences & les beaux Arts. Academia. En France il y a toutes sortes d’Académies établies par Lettres Patentes dans Paris : l’Académie Royale des Sciences, pour cultiver la Physique, la Chymie, & les Mathématiques : l’Académie Françoise, pour la pureté de la Langue : l’Académie des Médailles & des Inscriptions : l’Académie d’Architecture, pour les bâtimens. L’Académie de Peinture est une belle école de Peintres & de Sculpteurs. Et l’Académie de Musique est établie pour les Opéras. Il y en a même d’établies dans les Villes particulières, comme à Arles, à Soissons, à Nismes, &c. Il y a à Toulouse l’Académie des Lanternistes. Il y a aussi dans la plûpart des Villes d’Italie des Académies, dont les noms sont curieux à cause de leur bisarrerie. A Sienne on appelle les Académiciens, Intronati : à Florence, Della Crusca ; à Rome Humoristi, Lyncei, Fantastici : à Bologne, Otiosi : à Gènes, Addormentati : à Padoue, Ricovrati, & Orditi : à Vincenze, Olympici : à Parme, Innominati : à Milan, Nascosti : à Naples, Ardenti : à Mantoue, Invaghiti : à Pavie, Affidati : à Cesene, Offuscati : à Fabriano, Disuniti : à Fayence, Filoponi : à Ancone, Caliginosi : à Rimini, Adagiati : à Cita del Castello, Assorditi : à Perouse, Insensati : à Ferme, Rafrontati : à Macerata, Catenati : à Viterbe, Ostinati : à Alexandrie, Immobili : à Bresse, Occulti : à Trevise, Perseveranti : à Verone, Filarmonici : à Cortone, Humorosi : à Luques, Oscurri : Mr Pelisson en a donné ce Catalogue dans son Histoire de l’Académie. Mascurat ajoûte les Sileni, à Ferrare : les Agitati, à Cita di Castello, mettant les Assorditi à Urbin. On a dit d’un Perroquet :

Ce petit animal plein de sens & d’esprit,
N’entendoit rien qu’il ne comprît ;
Parla si bien François tout le temps de sa vie,
Que si tout son mérite avoit été connu,
Assurément il auroit eu
Une place à l’Académie. Pavill.

Il y a encore à Florence une Académie de Physique nommée del Cimentò, où l’on fait plusieurs expériences Physiques & Astronomiques. Elle a été établie par Laurent de Médicis, & est souvent citée par Francisco Redi Médecin. Au reste, l’Académie della Crusca à Florence est différente de l’Académie de Florence, laquelle est plus ancienne que celle della Crusca. On les a souvent confondues, & le Tasse même s’y méprit d’abord. Il attribua à l’Académie de Florence la critique que quelques Académiciens della Crusca firent de ses Ouvrages dans les premiers temps de l’établissement de cette Académie. Voyez tout cela fort bien débrouillé dans l’Aminta diffesa du savant Mr Fontanini. Il falloit aussi ajoûter l’Académie des Arcadiens à la liste des autres. Car quoique ces Messieurs ne se donnent point le titre d’Académiciens, & qu’ils affectent de ne se servir que de termes conformes à la qualité qu’ils prennent de Bergers d’Arcadie, cependant on appelle Académie ce qu’ils ne veulent appeller que Ragunanza, ou Assemblée, parce qu’effectivement on se propose à peu près le même but dans leurs Assemblées que dans les autres Académies, qui sont établies pour entretenir une noble émulation parmi les Savans, & sur-tout parmi ceux qui cultivent la Poësie, & ce qu’on appelle plus particulièrement les belles Lettres. On a depuis peu établi à Venise une Académie de Savans ; une autre à Dublin, une autre à Oxford, qui travaillent à l’avancement des Sciences. Il y a eu une Académie en Allemagne, établie sous le titre d’Académie des Curieux des secrets de la Nature dans le Saint Empire Romam. L’Empereur lui donna sa protection en 1670. Elle fut établie dès 1652. par le Sieur Bauch Médecin. L’une des plus fameuses de toutes les Académies, est celle qui est établie à Londres, sous le nom de Société Royale d’Angleterre, qui est composée de plusieurs Savans de qualité, qui nous ont fait voir plusieurs beaux Ouvrages, & dont on a vû aussi d’excellens Journaux, sous le titre de Philosophical Transaction. Au reste, quoique ces Académies soient dans l’approbation commune, elles ne sont pas toutefois dans celle de ce grand Chancelier d’Angleterre, François Bacon, ni, pour le dire vrai, dans la mienne. Car je vois que du temps de Léon X. que l’on doit comparer à celui de l’Empereur Auguste, ces façons d’exercer la jeunesse avec tant de montre, de pompe & d’éclat n’étoient


Tome I. E ij point