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« plus rien ! » — L’allaitement du jeune Hyacinthe fut très-difficile a cause de la longueur de son appendice nasal. On dut le faire téter à l'aide d’un tuyau acoustique qui allait de son berceau au sein de sa nourrice. — Plus tard, lorsqu’il fallut lui apprendre à se moucher, ce fut encore le diable. Même avec ses deux mains, il ne pouvait prendre son nez, et il était obligé, pour le presser, de le fourrer dans entrebâillement d’une porte. Comme c’était un travail ennuyeux, les trois quarts du temps il hésitait à l’entreprendre, et préférait renifler. Mais alors cela devenait tout a fait intolérable. D’abord, le vent, en s’engouffrent dans ses puissantes narines, faisait un bruit effrayant ; ensuite, l’aspiration produisait dans la pièce où reniflait l’enfant comme une trombe qui enlevait de dessus les meubles, papiers, globes de pendules, housses, coussins, et tous objets qui n’étaient pas assez pesants pour résister à cette attraction. — Quelquefois, dans ces reniflements, des objets précieux, soulevés et attirés par une force prodigieuse, disparurent en tourbillonnant dans le nez du jeune Hyacinthe, et jamais on ne put les retrouver. A six ans, il avait reniflé trois cuillères d’argent, deux numéros de la Patrie, le dé à coudre de sa sœur, trois embrasses de rideaux, et un abat-jour. Désespérant de sauver le reste du mobilier, les parents du jeune Hyacinthe se décidèrent à lui faire poser à l’entrée des narines, un grillage en toile métallique. — Cependant on s’aperçut que le développement de son nez n’avait pas nui à celui de son intelligence, et, à huit ans, le petit Hyacinthe jouait déjà avec succès les Mélingue dans la troupe d’enfants alors dirigée par M. Comte. Déjà à cette époque, il était très-malheureux l’été, parce que les mouches venaient se poser exprès sur le bout de son nez, sachant bien qu’il n’avait pas le bras assez long pour les chasser avec la main. C’était un supplice horrible ; il avait beau secouer la tête, souffler de toute la force de ses poumons pour effaroucher les insectes, rien n’y faisait ; les mouches se sentant, hors de portée, l’aiguillonnaient cruellement. Le jeune Hyacinthe qui, nous l’avons dit, était très-intelligent, eut une idée : il acheta sournoisement une sarbacane qu’il ne quitta plus jamais. Il avait toujours des balles en terre glaise dans sa poche, et quand une mouche venait se poser sur le bout de son nez, au moment même où elle se croyait le mieux en sûreté, il l’ajustait et la foudroyait sous un de ces projectiles. C’était un peu loin, mais il soufflait fort et manquait rarement le but. — A quinze ans, il entra aux Variétés comme choriste. On dut le remplacer dans cet emploi parce qu’il lui arrivait souvent, en tournant vive ment la tête en scène, de renverser quatre ou cinq figurants d’un coup avec son nez. — Il fit ensuite partie d‘une troupe ambulante à laquelle il rendit de grands services en annonçant son arrivée — dans chaque ville deux heures à l’avance avec son nez qui avançait toujours de deux kilomètres sur le gros de la troupe. — Hyacinthe fit un court séjour à l’Ambigu, passa au