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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/54

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— Je l’avoue, seulement je croyais que c’était une poudre pour endormir. Je l’ai donnée seulement pour qu’il s’endormît. Et voilà que…

— Fort bien ! — interrompit le président, évidemment satisfait des résultats obtenus. — Racontez-nous maintenant comment la chose s’est passée ! — poursuivit-il en se renversant dans le fond du fauteuil et en mettant les deux mains sur la table. — Racontez-nous tout ce que vous savez ! Un aveu sincère pourra adoucir votre position.

La Maslova continuait à fixer le président ; mais elle se taisait et rougissait, et l’on voyait qu’elle s’efforçait de vaincre sa timidité.

— Allons ! racontez-nous comment les choses se sont passées !

— Comment elles se sont passées ? — fit brusquement la Maslova. — Eh bien ! le marchand est venu un soir dans la maison où je travaillais ; il s’est assis près de moi, m’a offert du vin…

Elle se tut de nouveau, comme si elle avait perdu le fil de son récit, ou qu’un autre souvenir lui fût revenu en mémoire.

— Eh bien ! ensuite ?

— Quoi, ensuite ? Eh bien ! il est resté, et puis il est reparti.

À ce moment le substitut du procureur se souleva à demi, s’appuyant avec affectation sur un de ses coudes.

— Vous désirez poser une question ? — demanda le président.

Et, sur la réponse affirmative du substitut, il lui donna à entendre, d’un geste, qu’il pouvait parler.

— La question que je voudrais poser est celle-ci : la prévenue connaissait-elle antérieurement Simon Kartymkine ? — demanda solennellement le substitut, sans tourner les yeux vers la Maslova. Puis, la question posée, il serra les lèvres et fronça les sourcils. Le président répéta la question. La Maslova jetait des regards épouvantés sur le substitut.

— Simon ? Oui, je le connaissais, — dit-elle.