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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/530

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— Il n’y a là nul sacrifice !

— Je sais que sa résolution sur ce point est inébranlable !

— Mais alors, à quoi bon vouloir vous entretenir avec moi ? — demanda Nekhludov.

— Il faut que, vous aussi, vous reconnaissiez que vous renoncez à vous occuper d’elle !

— Comment pourrais-je reconnaître que je ne dois pas faire ce que j’estime être mon devoir ? La seule chose que je puisse lui dire, c’est que, bien que moi-même je ne sois pas libre vis-à-vis d’elle, elle est tout à fait libre, elle, vis-à-vis de moi !

Simonson resta quelques minutes sans répondre, réfléchissant.

— Soit, — reprit-il — je lui dirai cela. Mais, au moins, ne croyez pas que je sois amoureux d’elle ! Je l’aime comme j’aimerais une sœur, une amie qui aurait beaucoup souffert et que je voudrais consoler. Je ne désire rien d’elle, rien que de pouvoir lui venir en aide, adoucir sa posi…

Malgré l’émotion qui l’étreignait lui-même, Nekhludov ne put s’empêcher de sentir que la voix de Simonson était toute tremblante.

— Adoucir sa position, — reprenait Simonson. — Elle ne veut pas accepter votre aide, mais peut-être consentira-t-elle à accepter la mienne. Si elle y consent, je demanderai à être envoyé dans la ville où elle fera sa peine. Quatre ans, c’est vite passé ! Je vivrai près d’elle, et peut-être parviendrai-je à lui rendre la vie moins dure…

De nouveau il s’arrêta, tout prêt à sangloter.

— Que puis-je vous dire ? — fit Nekhludov. — Je suis heureux qu’elle ait trouvé un protecteur tel que vous…

— Ah ! voilà ce que je voulais savoir ! — s’écria Simonson. — Je voulais savoir si, connaissant mes sentiments pour Catherine Mikaïlovna, connaissant à quel point je souhaite son bien, vous regarderiez comme un bien pour elle son mariage avec moi ?

— Eh bien, oui ! — répondit Nekhludov d’un ton résolu.