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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/52

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— Vous êtes accusé d’avoir, le 16 octobre 188…, de connivence avec Euphémie Botchkov et Catherine Maslov, dérobé dans la valise du marchand Smielkov une somme d’argent lui appartenant, puis de vous être procuré de l’arsenic, et d’avoir engagé Catherine Maslov à le verser dans la boisson du marchand Smielkov, ce qu’elle a fait, et qui a eu pour conséquence la mort de Smielkov.

— Vous reconnaissez-vous coupable ? — conclut le président en se penchant à droite.

— C’est impossible, parce que notre métier…

— Vous direz cela plus tard. Vous reconnaissez-vous coupable ?

— C’est impossible… J’ai seulement…

— Vous nous direz cela plus tard ! Vous reconnaissez-vous coupable ! — répéta le président d’une voix calme, mais sévère.

— C’est impossible, parce que…

De nouveau l’huissier se tourna brusquement vers Simon Kartymkine et l’arrêta d’un « chut ! » tragique.

Le président, avec une expression qui signifiait que cette partie de l’affaire était terminée, changea son coude de place, et s’adressant à Euphémie Botchkov :

— Euphémie Botchkov, vous êtes accusée d’avoir, le 16 octobre 188…, de connivence avec Simon Kartymkine et Catherine Maslov, dérobé dans la valise du marchand Smielkov une somme d’argent et une bague, puis, ayant partagé entre vous trois le produit du vol, d’avoir fait avaler au marchand Smielkov de l’arsenic, dont il est mort. Vous reconnaissez-vous coupable ?

— Je ne suis coupable de rien ! — répondit la prévenue d’une voix dure et hardie. — Je ne suis même pas entrée dans la chambre… et puisque cette ordure y est entrée, c’est elle, bien sûr, qui a tout fait.

— Vous nous direz cela plus tard, — fît de nouveau le président de sa voix tranquille et ferme. — Ainsi vous ne vous reconnaissez pas coupable ?

— Je n’ai pas pris d’argent, je n’ai pas donné de poison, je ne suis pas entrée dans la chambre ! Si j’y étais entrée, j’aurais jeté dehors cette salope !