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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/514

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En matière de religion, il se montrait aussi radical qu’en matière d’économie politique. S’étant convaincu de la fausseté des croyances où il avait été élevé, et étant parvenu à s’en affranchir, d’abord avec crainte, puis avec enthousiasme, il éprouvait comme un désir de se venger de tous ceux qui l’avaient tenu dans l’erreur. Il ne cessait point de parler avec haine des popes, et de railler amèrement les dogmes religieux.

Il avait des habitudes d’ascète ; et, comme tous ceux qui ont été entraînés au travail depuis l’enfance, il était adroit de ses mains et infatigable aux exercices physiques ; mais, au contraire de Nabatov, il méprisait ces exercices, et le travail manuel sous toutes ses formes. À l’étape comme en prison, il cherchait à se créer le plus de loisirs possible, afin de pouvoir continuer à s’instruire, ce qui lui paraissait sans cesse davantage la seule occupation honorable et utile. Il était en train d’étudier, en ce moment, le premier tome du Capital de Marx ; il cachait le volume, au fond de son sac, et veillait sur lui comme sur le plus précieux des trésors.

Pour ses compagnons, il se montrait indifférent et réservé, sauf pour Novodvorov, à qui il s’était passionnément attaché, et dont il tenait toutes les opinions, sur tous les sujets, comme l’essence même de la vérité.

La femme lui apparaissait comme le principal obstacle à l’œuvre d’émancipation sociale, et au libre développement de l’intelligence : aussi éprouvait-il pour les femmes un mépris absolu. Il faisait cependant exception pour la Maslova, en qui il voyait un exemple typique de l’exploitation des classes inférieures par les supérieures. Il lui témoignait, en toutes circonstances, beaucoup d’égards ; et c’est pour le même motif qu’il ne manquait pas une occasion de faire voir à Nekhludov toute l’antipathie qu’il avait pour lui.