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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/508

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de ses compagnons son regard effrayé. — Déjà Vladimir Simonson à dit son fait à cette brute, mais j’estime que cela ne suffit pas.

— À quoi bon protester ? — dit Kriltzov, avec une grimace ennuyée. On sentait que, depuis longtemps déjà, le manque de simplicité de Véra Bogodouchovska l’agaçait, lui causait une véritable souffrance nerveuse.

— Vous cherchez Katia ? — poursuivit-il en se retournant vers Nekhludov. — Elle est toujours à travailler ! Elle a déjà fini de nettoyer nos effets, elle brosse maintenant les manteaux des femmes. Il n’y a que les puces dont elle n’arrivera jamais à nous débarrasser : les sales bêtes nous mangent, que c’est une pitié ! Et Macha, que fait-elle là-bas, dans son coin ? — demanda-t-il en essayant de se redresser pour regarder du côté de Marie Pavlovna.

— Elle est en train de peigner sa fille ! — dit Émilie Bantzev.

— Pourvu au moins qu’elle ne répartisse pas entre nous les poux qu’elle lui aura enlevés ! — reprit Kriltzov.

— Non, non, n’ayez pas peur, je fais les choses consciencieusement. D’ailleurs, la voici tout à fait propre ! — dit Marie Pavlovna. — Tenez, Émilie, prenez-la près de vous ! moi, je vais aller maintenant aider Katia.

La Rantzeva prit l’enfant, l’attira sur ses genoux avec une sollicitude maternelle, et lui donna un morceau de sucre.

Marie Pavlovna sortit ; et, au même instant, les deux condamnés qui étaient allés chercher le souper rentrèrent dans la salle.