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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/476

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CHAPITRE V


Dans le long trajet du convoi depuis son départ de la prison jusqu’à Perm, Nekhludov n’avait pu voir la Maslova que deux fois ; il l’avait vue d’abord à Nijni-Novgorod, dans le parloir de la prison, à travers une grille, et une seconde fois à Perm, également dans un parloir de prison. Les deux fois, il l’avait trouvée silencieuse et froide. Quand il lui avait demandé si elle n’avait besoin de rien, elle lui avait répondu d’un ton sec et contraint, qui lui avait rappelé la façon malveillante dont elle l’avait accueilli naguère dans la prison. Et il s’était fort affligé de cette disposition hostile, ne sachant pas qu’elle provenait surtout de l’irritation produite chez la Maslova par les continuelles instances dont elle était l’objet de la part des prisonniers et des gardiens du convoi. Il craignait que, sous l’influence des conditions pénibles et immorales où elle se trouvait, elle ne retombât dans son ancien état de découragement, comme aussi de haine pour elle-même et les autres. Il craignait que de nouveau elle ne se remît à le détester, que de nouveau, elle ne cherchât l’oubli dans le tabac et l’eau-de-vie. Mais il n’avait rien pu faire pour lui venir en aide, les chefs du convoi s’étant strictement opposés à ce qu’il la vît. Et c’est seulement lorsqu’il avait obtenu le transfert de la Maslova dans la section des condamnés politiques, alors seulement il avait pu découvrir combien ses craintes étaient peu fondées. Car, dès la première entrevue en tête à tête qu’il avait eue avec elle, à Tomsk, il l’avait