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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/468

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vie, rendait plus vive encore son admiration pour elles.

Elle admirait tous ses nouveaux compagnons. Mais plus que tous les autres elle admirait Marie Pavlovna ; et non seulement elle l’admirait, mais elle s’était prise pour elle d’une véritable passion, où le respect se mêlait à l’enthousiasme. Elle avait été frappée, dès le premier jour, de voir comment cette belle jeune femme, riche, instruite, noble, fille d’un général, se donnait l’apparence d’une simple paysanne, distribuant à d’autres tout l’argent et tous les effets que lui envoyait son père, et s’habillant non seulement sans aucun luxe, mais d’une façon qui semblait destinée à cacher le plus possible sa beauté naturelle. Et plus tard encore, lorsqu’il n’y avait pas une seule des qualités de Marie Pavlovna dont la Maslova ne fût émerveillée, aucune de ces qualités ne l’émerveillait autant que l’absence complète de toute coquetterie. Non que Marie Pavlovna ne se rendît pas compte de sa beauté ; elle s’en rendait compte, et la Maslova crut même deviner que la conscience d’être belle lui faisait plaisir ; mais, loin de se réjouir de l’impression que sa beauté faisait sur les hommes, elle la redoutait, éprouvant une véritable répulsion pour tout ce qui, de près ou de loin, ressemblait à de l’amour.

C’est ce que savaient ses compagnons ; et ceux même qui se sentaient attirés vers elle faisaient en sorte de n’en rien laisser voir ; la coutume était, dans le parti, de se comporter envers elle comme si elle eût été un homme, au lieu d’être la charmante jeune fille qu’elle était ; mais, en dehors de son parti, maintes fois des hommes l’avaient poursuivie de leurs galanteries, et maintes fois elle avait dû recourir à la force de ses deux poings pour se mettre à l’abri de leur insistance.

— Un jour, — racontait-elle en riant à la Maslova, — voilà qu’un monsieur m’aborde dans la rue, me saisit par le bras, et à aucun prix ne veut me lâcher. Alors je l’ai secoué, et de telle façon qu’il a eu peur, et qu’il s’est sauvé de toutes ses jambes !

Elle raconta également à la Maslova comment elle était devenue révolutionnaire. Depuis l’enfance, elle s’était