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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/463

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CHAPITRE II


Dès qu’elles se furent approchées du groupe formé au milieu de la cour, elles virent ceci : l’officier, un gros homme aux longues moustaches blondes, essuyait de la main gauche son poing droit, tout rouge de sang et, la mine furieuse, ne cessait pas de crier des injures à un prisonnier qui, debout devant lui, couvrait, d’une main, son visage meurtri et sanglant, tandis que de l’autre main il serrait contre lui une petite fille enveloppée dans un châle, et pleurant et hurlant de toutes ses forces. Le prisonnier avait la moitié de la tête rasée : c’était un homme long et maigre, vêtu d’une veste trop courte et d’un pantalon qui lui découvrait les chevilles.

— Je l’apprendrai à raisonner ! — disait l’officier entremêlant d’injures chacun de ses mots. — Allons ! mets l’enfant par terre ! et hâte-toi de reprendre tes menottes !

Ce forçat avait obtenu d’avoir les mains libres, les jours précédents, pour pouvoir porter sa petite fille, dont la mère était morte du typhus à l’une des étapes. Mais ce jour-là le nouvel officier, qui se trouvait être de mauvaise humeur, avait exigé qu’on lui remît les menottes. Le forçat avait protesté : l’officier, agacé, lui avait asséné un coup de poing sur l’œil.

De l’autre côté de l’officier se tenait un énorme forçat à barbe noire, qui, avec une menotte à une de ses