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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/440

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CHAPITRE XI


I


Le wagon où se trouvait Nekhludov était aux trois quarts rempli de voyageurs. Il y avait là des domestiques, des artisans, des ouvriers de fabrique, des bouchers, des juifs, des employés, des femmes du peuple ; il y avait aussi un soldat, et aussi deux dames, une mère et sa fille. La mère portait un énorme bracelet à chacun de ses poignets nus : elle était accompagnée d’un homme au visage dur, vêtu comme un bourgeois riche.

Toute cette population, après s’être fort agitée, au départ, pour se placer et se mettre à l’aise, se tenait maintenant tranquillement assise. Les uns mangeaient, d’autres fumaient, et des conversations animées s’engageaient entre voisins.

Tarass, le mari de Fédosia, était assis à droite, vers le milieu du wagon, gardant en face de lui une place pour Nekhludov. Le visage rayonnant de bonheur, il causait avec un autre paysan, assis sur le même banc, un homme, vêtu d’une large camisole de drap et qui était — Nekhludov l’apprit ensuite — un jardinier revenant d’un congé. Nekhludov s’apprêtait à aller reprendre sa place, lorsque, dans le couloir central, ses yeux tombèrent sur un vieillard à barbe blanche qui s’entretenait avec une jeune femme en costume de paysanne. Cette jeune femme avait près d’elle une petite fille de sept ans, vêtue d’une chemisette neuve, avec deux nattes de cheveux presque blancs, et qui, en balançant ses jambes, trop courtes pour atteindre jusqu’au plancher, ne cessait pas de remuer les lèvres. Involontairement Nekh-