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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/420

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— Ceux dont c’est l’affaire ne font pas leur devoir ! De laisser périr les gens, est-ce que c’est dans la loi ?

— Un détenu, oui, mais c’est toujours un homme ! — disaient des voix dans le groupe, sans cesse plus nombreux.

— Relevez-lui la tête et donnez-lui de l’eau ! — dit Nekhludov.

— J’ai déjà envoyé chercher de l’eau ! — répondit le sergent de ville.

Puis, soulevant le détenu par les bras, il parvint avec effort à lui mettre la tête sur le rebord du trottoir.

— Qu’est-ce que cela signifie ? — cria tout à coup une voix impérieuse et rude. Et l’on vit accourir, d’un air irrité, un officier de paix, vêtu d’un uniforme tout brillant, et chaussé de hautes bottes plus brillantes encore. — Qu’on circule, hein ! tout de suite ! — reprit-il en s’adressant à la foule, avant même de voir ce qui se passait.

Quand il aperçut, gisant sur les pierres, le malheureux détenu, il fit un signe de tête comme pour exprimer qu’il en avait vu bien d’autres, et, s’adressant au sergent de ville, il lui demanda comment l’accident était arrivé.

Le sergent de ville raconta que, au passage du convoi, ce détenu était tombé, et que l’officier avait donné l’ordre de le laisser là.

— Hé bien, voilà tout ! Il faut le porter au poste ! Qu’on aille chercher un fiacre !

— Tout de suite, dès que le portier sera revenu ! — dit le sergent de ville en portant la main à son képi.

Cependant le commis avait de nouveau commencé à parler de la chaleur…

— Est-ce ton affaire, à toi ? Passe ton chemin ! — déclara l’officier de paix, en jetant sur lui un regard si sévère que le commis se tut aussitôt.

— Il faut lui faire boire de l’eau ! — répéta Nekhludov.

Sur lui aussi l’officier de paix jeta un regard sévère ; mais, reconnaissant un homme bien mis, il n’osa rien dire. Lorsque le portier revint avec un seau d’eau, l’offi-