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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/364

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tion étaient insuffisants ! — dit-il en soulevant ses étroites épaules. Après quoi il se hâta d’entrer dans une des armoires, pour se dévêtir.

Derrière Wolff arriva Sélénine : il reconnut aussitôt son ancien ami.

— Je ne m’attendais pas à te rencontrer ici ! — lui dit-il en lui souriant des lèvres, tandis que ses yeux gardaient leur expression de tristesse.

— Je ne savais pas que tu étais procureur général !

— Substitut du procureur, — rectifia Sélénine. Et que fais-tu ici ?

— Ici ? J’y suis venu dans l’espoir d’y trouver de la justice et de la pitié pour une malheureuse femme injustement condamnée.

— Quelle femme ?

— Mais celle que vous venez de condamner de nouveau !

— Ah ! oui, la Maslova ! — se rappela Sélénine. — Son pourvoi n’avait aucun fondement.

— Ce n’était pas de son pourvoi qu’il s’agissait, mais d’elle-même. Elle est innocente, et on la punit sans raison.

Sélénine soupira.

— Oui, c’est possible, mais…

— Ce n’est pas seulement possible, c’est tout à fait certain !

— Comment le sais-tu ?

— Je faisais partie du jury qui l’a condamnée. Je sais que nous avons commis une erreur dans notre verdict. Sélénine réfléchit un instant.

— Tu aurais dû signaler l’erreur tout de suite ! — reprit-il.

— Je l’ai signalée.

— On aurait dû l’inscrire dans le procès-verbal ! C’eût été un motif de cassation.

— Mais l’examen de l’affaire elle-même suffisait pour montrer que le verdict du jury était incohérent ! — fit Nekhludov.

— Oh ! le Sénat n’a pas à s’occuper de cela ! S’il se