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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/340

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de la pointe de son parasol brusquement refermé, toucha le dos du cocher ; les chevaux, après avoir redressé la tête sous la pression du mors, s’arrêtèrent, soulevant sur place leurs jambes fines.

— Mais vous reviendrez me voir, et, cette fois, d’une façon désintéressée ? — dit-elle, en souriant d’un sourire dont elle connaissait la puissance. Après quoi, comme si elle jugeait la représentation terminée, elle rouvrit son parasol, abaissa la voilette, et de nouveau fit un signe au cocher.

Nekhludov ôta poliment son chapeau pour prendre congé. Les chevaux frappèrent le pavé de leurs sabots nerveux ; et la voiture s’éloigna d’un pas rapide, glissant légèrement sur ses roues silencieuses.


III


Se rappelant le sourire qu’il venait d’échanger avec Mariette, Nekhludov faisait toute sorte de réflexions intérieures : « Tu n’auras pas encore tourné la tête, se disait-il, que déjà cette vie t’aura repris tout entier ! » Et il songeait de nouveau aux difficultés et aux dangers qu’offraient pour lui ses démarches auprès de personnes d’un monde qui, désormais, ne pouvait plus être le sien.

Au sortir de chez Mariette, il se rendit d’abord au Sénat. On l’introduisit dans une grande pièce où se tenaient une foule d’employés, tous extrêmement propres et polis. Ces employés lui apprirent que le recours de la Maslova avait été envoyé, pour être examiné, à ce même sénateur Wolff pour qui il avait une lettre de son oncle.

— Il y aura séance du Sénat cette semaine, mercredi prochain, — lui dit-on ; — mais l’ordre du jour est si chargé que l’affaire de la Maslova sera sans doute remise à une séance suivante. Cependant vous pouvez toujours demander qu’on en avance la discussion.

Dans ce bureau du Sénat, pendant que Nekhludov attendait quelques renseignements, il entendit parler, de