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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/331

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— Figure-toi qu’on m’a dit que tu voudrais te marier avec elle ?

— Oui, je l’ai voulu, je le veux encore, et c’est elle qui ne le veut pas !

Catherine Ivanovna, qui considérait son neveu d’un air désolé, à ces derniers mots se rasséréna et reprit son sourire.

— Eh bien ! elle est plus sage que toi ! Ah ! mon pauvre enfant, quel nigaud tu fais ! Et tu te marierais vraiment avec elle ?

— Sans aucun doute !

— Après tout ce qu’elle a été ?

— Surtout après cela ! N’est-ce pas moi qui en suis cause ?

— Écoute, tu es un vrai nigaud ! — déclara la tante en continuant de sourire, — un vrai nigaud, mais c’est pour cela que je t’aime, parce que tu es un vrai nigaud ! — Elle répétait le mot avec insistance, enchantée sans doute d’avoir trouvé un terme qui définît si parfaitement l’idée qu’elle se faisait de son neveu. — Mais, au fait, cela tombe à merveille ! Justement Aline a ouvert un asile de Madeleines repenties ! J’y suis allée, un jour. Quelle horreur ! J’ai dû prendre un bain en rentrant de ma visite ! Mais Aline s’est dévouée à son asile, corps et âme ! Nous la lui confierons, ta protégée ! Si quelqu’un au monde peut la ramener au bien, c’est certainement Aline.

— Mais c’est que, — voyez-vous, — cette malheureuse est en prison, en attendant de partir pour le bagne ! Et précisément je suis venu ici pour essayer de faire casser sa condamnation. C’est une des nombreuses affaires ou j’aurai besoin de votre concours.

— De qui cela dépend-il, son affaire ?

— Du Sénat !

— Du Sénat ? Mais mon cher cousin Léon y est, au Sénat ! Au fait, j’oubliais qu’il est dans la section héraldique. Et, sauf lui, je ne connais personne au Sénat. On n’y trouve que des gens qui viennent Dieu sait d’où, — ou bien encore des Allemands. Des gens de l’autre