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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/321

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« questions générales », achevèrent de faire comprendre à Nekhludov combien sa manière de penser et de sentir différait de celle de l’avocat, et sans doute aussi de celle de ses amis. Malgré le changement qui s’était opéré en lui, il avait l’impression que Chembok lui restait, lui resterait toujours moins profondément étranger que ce Faïnitzin, et tous les « intellectuels » de son entourage.


III


En apercevant les murs de la prison, Nekhludov eut un serrement de cœur. Il se demandait avec effroi dans quelle disposition il allait trouver la Maslova ; mais davantage encore l’effrayait le mystère qu’il sentait en elle, le mystère dont la prison tout entière lui semblait remplie.

Il sonna à la porte principale ; et, lorsqu’un gardien vint au-devant de lui, il lui demanda à voir la Maslova. Le gardien, qui l’avait reconnu, s’empressa de le laisser entrer : il lui dit que la Maslova avait été transférée au service de l’infirmerie.

C’est donc du côté de l’infirmerie que se dirigea Nekhludov. Il trouva là un bon vieux gardien qui, aussitôt, le fit entrer, et le conduisit lui-même à la section des enfants, où la Maslova était employée.

Un jeune interne, exhalant une forte odeur d’acide carbonique, vint à la rencontre de Nekhludov, dans le corridor, et lui demanda, d’un ton sévère, l’objet de sa visite. Ce jeune interne avait toutes sortes de complaisances pour les malades, ce qui l’exposait sans cesse à des explications désagréables avec les employés de la prison et avec son chef lui-même, le médecin principal. Craignant que Nekhludov sollicitât de lui quelque faveur illégale et, peut-être, désirant montrer qu’il ne faisait d’exception pour personne, il se contraignit à prendre son air le plus sévère.