Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/308

Cette page a été validée par deux contributeurs.

veau les riches reprendraient leur pouvoir Sur ceux qui ont besoin de la terre pour vivre.

— Parfaitement ! — s’empressa de déclarer l’ancien soldat.

— Défendre que personne ne vende la terre ! Obliger chacun à la cultiver lui-même ! — fit le poêlier en lançant devant lui un regard irrité.

Mais Nekhludov avait prévu aussi cette objection-là. Il répondit que c’était chose impossible à vérifier si quelqu’un cultivait pour son propre compte ou pour le compte d’autrui. Et, d’ailleurs, le partage égal était impossible.

— L’un de vous aurait de la bonne terre, un autre de l’argile ou du sable. Tous vous voudriez avoir la bonne terre.

Alors le grand moujik au long nez, le plus intelligent des sept, proposa de faire en sorte que tous eussent à cultiver en commun.

— Et celui qui cultivera aura sa part. Et celui qui ne cultivera pas, celui-là n’aura rien ! — déclara-t-il de sa voix de basse nette et résolue.

Nekhludov répondit qu’à cela aussi il avait pensé, mais que, pour que ce projet fût exécutable, tout le monde devrait avoir les mêmes charrues et les mêmes chevaux, ou bien encore que chevaux, charrues, fléaux, et tout ce qu’ils avaient, devrait être commun. Et il ajouta que, pour que cela se fît, il y avait nécessité à ce que tous se missent d’accord.

— Jamais les gens de chez nous ne se mettront d’accord là-dessus, — déclara le petit vieux à la mine hargneuse.

— C’est du coup qu’il y aurait une bataille ! — dit le vieillard à la barbe blanche, avec un rire dans ses yeux. — Les femmes elles-mêmes se flanqueraient des coups.

— Vous voyez bien que la chose n’est pas aussi simple qu’elle paraît d’abord ! — dit Nekhludov. — Et nous ne sommes pas les seuls pour réfléchir à ces questions. Ainsi, il y a un Américain, un nommé George. Eh bien ! voici ce qu’il a inventé, et moi je pense, là-dessus, comme lui.

— Tu es le maître, tu peux faire à ta guise ! Nous