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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/304

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dans ma puissance, et je sais que je le dois. Et il n’y aura de repos pour moi que quand je l’aurai accomplie. »

La pluie tombait à verse, battant le toit, gouttant sur les vitres ; de minute en minute, des éclairs illuminaient la cour. Nekhludov rentra dans sa chambre, se déshabilla et se mit au lit, non sans inquiétude au sujet des punaises, car le papier des murs, sale et déchiré, lui en avait fait, dès le premier coup d’œil, soupçonner la présence.

« Oui, me sentir non pas maître, mais serviteur ! » songeait-il : et cette pensée le remplissait de joie. Ses inquiétudes, cependant, n’étaient que trop fondées. À peine eut-il éteint la chandelle que déjà des bêtes lui couraient sur le corps.

« Donner mes terres, aller en Sibérie, — les puces, les punaises, la saleté ! Soit ; puisqu’il faut supporter tout cela, je le supporterai. »

Mais, en dépit de ses belles résolutions, il ne le supporta pas, cette nuit-là. Il se leva, s’assit près de la fenêtre ouverte, et très longtemps il s’attarda à considérer les nuages noirs qui se dissipaient, et le croissant de la lune qui émergeait de nouveau.


IX


Nekhludov ne s’endormit que vers le matin, de sorte que, le lendemain, il se réveilla très tard.

À midi, les sept paysans choisis par l’économe arrivèrent dans le verger, où, sous les pommiers, se trouvaient une table et deux bancs faits de planches posées sur des pieux. Nekhludov eut fort à faire pour décider les sept délégués à remettre leurs casquettes et à s’asseoir sur les bancs.

L’ancien soldat, surtout, s’obstinait à rester debout, tenant devant lui sa casquette rapiécée, avec le geste particulier des soldats pendant un enterrement.

Mais quand le plus âgé de la troupe, un large vieillardÆ