Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/297

Cette page a été validée par deux contributeurs.



VII


Réunis en foule dans la cour du staroste, les paysans s’entretenaient bruyamment ; mais, dès qu’ils aperçurent Nekhludov, ils firent silence, et, comme ceux de Kouzminskoïe, les uns après les autres ils ôtèrent leurs casquettes. Ces paysans étaient beaucoup moins civilisés que ceux de Kouzminskoïe ; presque tous étaient vêtus de caftans cousus par leurs femmes, et portaient des laptis aux pieds. Quelques-uns étaient même pieds nus ; d’autres étaient en bras de chemise, tels qu’ils venaient de rentrer des champs.

Faisant un effort sur lui-même pour vaincre sa timidité, Nekhludov, dès le début de son discours, leur annonça qu’il avait formé le projet de leur abandonner ses terres. Les paysans écoutaient en silence, et sans que leur visage manifestât aucune émotion.

— J’estime en effet, — poursuivit Nekhludov en rougissant, — que tout homme a le droit de profiter de la terre !

— Cela est vrai ! Cela est tout à fait vrai ! — firent quelques voix.

Continuant son discours, Nekhludov leur dit que le revenu de la terre devait être partagé entre tous, et que, par conséquent, il se proposait de leur céder ses terres moyennant une rente qu’ils fixeraient eux-mêmes, et qui servirait à leur constituer un capital social, destiné à leur usage commun.

De nouveau s’élevèrent quelques paroles d’approbation ; mais les visages sérieux des paysans devenaient de plus en plus sérieux, et leurs regards, d’abord fixés sur leur barine, se baissaient vers le sol, comme s’ils eussent craint de faire honte à Nekhludov en lui laissant voir qu’ils avaient pénétré sa ruse et que personne d’entre eux ne serait sa dupe.

Nekhludov parlait cependant aussi clairement qu’il