Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/290

Cette page a été validée par deux contributeurs.

son bras un enfant vêtu de chiffons rapiécés, un malheureux petit être blême et souffreteux, mais qui n’en gardait pas moins un sourire aux lèvres.

— Qu’est-ce que vous avez à voir ici ? Attendez un peu que je prenne mon bâton ! — cria Matrena, se tournant vers la porte. — Filez bien vite et fermez la porte !

Les trois enfants s’enfuirent. La jeune femme s’éloigna aussi, fermant la porte derrière elle.

— Et moi qui me demandais qui était là ! Et c’était mon jeune barine lui-même, mon oiseau d’or, mon bijou qu’on ne se lasse pas de voir ! Assieds-toi, Votre Excellence, assieds-toi là sur le banc ! — poursuivit-elle, après avoir soigneusement essuyé le banc qu’elle lui indiquait. — Et moi qui pensais que c’était le diable qui venait me tourmenter, et voilà que c’était mon barine, mon bienfaiteur, mon nourricier ! Pardonne-moi, c’est l’âge qui me rend aveugle !

Nekhludov s’assit. La vieille resta debout devant lui, tenant son menton dans sa main droite, et supportant de la main gauche le coude de son bras droit. Et elle poursuivit, de sa voix flûtée :

— Et voilà les années qui passent, Votre Excellence ! Mais beau tu étais, et tu es devenu encore plus beau !…

— Voici ce que c’est ! Je suis venu vous demander un renseignement. Vous souvenez-vous encore de Katucha ?

— Catherine, qui était au château ? — Comment ne m’en souviendrais-je pas ? Elle était ma nièce ! Comment ne m’en souviendrais-je pas ? Ah ! elle m’en a fait verser des larmes, celle-là. ! C’est que, voyez-vous, je sais tout ce qui s’est passé. Hé ! petit père, qui est-ce qui n’a pas péché contre Dieu et contre le tsar ? C’est la jeunesse qui est cause de tout ! Que faire ? Et puis il y en a bien d’autres qui, à ta place, l’auraient abandonnée, tandis que toi, comme tu l’as récompensée ! Cent roubles, que tu lui as donnés ! Et elle, qu’est-ce qu’elle a fait ? Impossible de lui faire entendre raison ! Ah ! si elle m’avait écoutée, elle serait si heureuse ! Elle a beau être ma parente, vois-tu, je suis bien forcée d’avouer qu’elle n’a pas de tête ! Elle aurait si bien pu rester dans une bonne