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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/264

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du fond s’ouvrit et que la Maslova s’avança vers lui, silencieuse et timide. Elle lui serra la main, s’assit près de lui ; et, sans le regarder, elle dit, presque tout bas :

— Pardonnez-moi, Dimitri Ivanovitch ! Je vous ai mal parlé il y a trois jours.

— Ce n’est pas à moi de vous pardonner… — commença Nekhludov.

— N’importe, mais tout de même il faut que vous me quittiez ! — reprit-elle.

Et dans ses yeux, plus louches qu’à l’ordinaire, Nekhludov lut de nouveau une expression hostile.

— Et pourquoi dois-je vous quitter ?

— Il le faut, voilà tout !

— Comment ! voilà tout ?

Elle ne répondit rien et leva encore sur lui un regard méchant.

— Eh bien, — dit-elle enfin, — voilà ce qui en est ! Il faut que vous cessiez de vous occuper de moi, je vous le dis comme je le pense ! Je ne puis le supporter ! Vous cesserez de vous occuper de moi ! — répéta-t-elle, les lèvres tremblantes. — C’est la vérité vraie ! J’aimerais mieux me pendre !

Nekhludov sentait que dans cette défense entrait une part de haine pour lui, d’impossibilité de lui pardonner l’inoubliable offense ; mais il sentait qu’autre chose encore y entrait, quelque chose de noble et de beau. Et la façon assurée et tranquille dont la jeune femme lui renouvelait sa défense de s’occuper d’elle eut aussitôt pour effet de détruire tous ses doutes, et de le remettre dans la disposition enthousiaste où il s’était trouvé trois jours auparavant.

— Katucha, ce que je t’ai dit, je le maintiens ! — dit-il d’un ton grave et ferme. — Je te prie de consentir à te marier avec moi ! Et, si tu t’y refuses, aussi longtemps que tu t’y refuseras je resterai près de toi, je te suivrai, j’irai avec toi où l’on te conduira !

— Cela, c’est votre affaire, je ne dirai pas un mot de plus ! — répondit-elle.

Et, de nouveau, ses lèvres tremblèrent.