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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/263

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comme d’un rajeunissement de tout son être, tous les sentiments qu’il avait éprouvés à la suite de la séance de la cour d’assises et de son premier entretien avec Katucha, tout cela avait désormais disparu, et son dernier entretien avec la jeune femme avait changé tout cela en une profonde épouvante, ou se mêlait, de plus en plus, une répugnance cruelle. Il avait cependant résolu de ne pas abandonner son ancienne maîtresse, et il continuait à se dire qu’au besoin il se marierait avec elle, si, revenant sur son premier mouvement, elle y consentait : mais cette perspective ne lui apparaissait plus que comme un dur et douloureux sacrifice.

Le lendemain de sa visite à Maslinnikov, il retourna à la prison pour revoir Katucha.

Le directeur lui accorda l’autorisation de la voir, mais dans le parloir des femmes, et non plus au bureau, ni dans la petite salle des avocats où avait eu lieu leur dernière entrevue. Malgré toute sa bonté naturelle, le directeur avait, ce jour-là, vis-à-vis de Nekhludov, un ton et des manières tout autres que les jours précédents : évidemment la visite de Nekhludov à Maslinnikov avait eu pour conséquence de faire prescrire au personnel de la prison une attitude plus réservée à l’endroit d’un visiteur aussi indiscret.

— Oui, vous pourrez la voir un instant, — dit le directeur, — mais, n’est-ce pas ? pour l’argent, vous vous rappellerez ce dont je vous ai prié ?… Quant à son transfert au service de l’infirmerie, — Son Excellence le vice-gouverneur m’a fait l’honneur de m’écrire à ce sujet, — eh bien ! la chose est possible, et le médecin y consent. Mais c’est elle-même qui n’y consent pas ! Elle dit qu’elle « n’a pas besoin d’aller vider les pots de chambre des galeux ». Ah ! prince, on voit bien que vous ne connaissez pas cette engeance-là !

Nekhludov ne répondit rien, et se dirigea vers le parloir des femmes. Le directeur donna ordre à un gardien d’aller chercher la Maslova.

Le parloir était vide quand Nekhludov y entra. Mais à peine y était-il depuis quelques minutes que la porte