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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/259

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II


— Et maintenant, je suis à toi ! Veux-tu fumer ? Mais attends une seconde, je vais aller chercher un cendrier. Inutile de salir le tapis, n’est-ce pas ?

Maslinnikov se mit à la recherche d’un cendrier, puis, se rasseyant en face de Nekhludov :

— Je t’écoute !

— Eh bien, voilà ! Je suis venu pour affaire. J’ai à te parler de deux choses.

— Va, je t’écoute !

Le visage de Maslinnikov, au mot d’affaires, se rembrunit. Aucune trace n’y resta plus de la joyeuse animation du petit chien à qui son maître a fait la faveur de le caresser.

Du salon arrivaient des bruits de voix. Une voix de femme disait : « Jamais, jamais vous ne me le ferez croire ! » Une voix d’homme, plus loin, racontait une histoire où revenaient sans cesse les noms de « la comtesse Voronzov » et de « Victor Apraxine ». Tout cela accompagné de murmures confus et d’éclats de rire. Et Maslinnikov, écoutant d’une oreille ce qui se disait dans le salon, prêtait distraitement son autre oreille aux explications de Nekhludov.

— D’abord, — dit celui-ci, — j’ai de nouveau à te demander quelque chose pour cette femme dont…

— Ah ! oui, celle qui a été condamnée injustement ! Je sais, je sais !

— Je voudrais te prier de la faire transférer au service de l’infirmerie. On m’a dit que c’était possible. Maslinnikov serra les lèvres et réfléchit un moment.

— Je ne sais pas trop si c’est possible ! — répondit-il d’un air important. — D’ailleurs, je vais m’informer. Demain je te télégraphierai ce qui en est.

— On m’a dit qu’il y avait beaucoup de malades, et qu’on avait besoin de gardes supplémentaires.