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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/253

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— Merci beaucoup ! — répondit celui-ci ; et il se hâta de sortir. Il éprouvait une impression de répugnance et d’effroi plus forte encore que celle qu’il avait éprouvée le dimanche précédent, en pénétrant pour la première fois dans les corridors de la prison.

Effroyables lui paraissaient les souffrances de Menchov, injustement condamné, — et non seulement ses souffrances physiques, mais ce doute, cette défiance à l’égard de Dieu et du bien, que ne pouvait manquer de ressentir le malheureux moujik en voyant la cruauté d’hommes qui, sans motif, s’acharnaient à le tourmenter. Effroyables, la contrainte et la torture infligées à ces carriers qui n’avaient commis aucune faute, et qu’on gardait en prison, simplement, parce que leurs papiers n’étaient pas en règle. Effroyable, la folie de ces gardiens qui, uniquement occupés de faire souffrir d’autres hommes, leurs frères, s’imaginaient accomplir une œuvre utile et bonne. Mais plus effroyable encore, et plus répugnant, et plus pitoyable, apparaissait à Nekhludov le rôle de ce vieux directeur qui avait à séparer une mère de son fils, un frère de sa sœur, à martyriser des êtres semblables à lui-même et à ses enfants, et qui se résignait à le faire, malgré sa fatigue, sa vieillesse, et malgré la bonté naturelle de son cœur !

— Pourquoi tout cela ? — se demandait Nekhludov. Et il ne parvenait toujours pas à comprendre pourquoi.